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Les
loges d'un spectacle
Une
salve d'applaudissements s'élève face au rideau
baissé dans la pénombre et l'atmosphère dans
cette salle du Petit Théâtre havrais s'emplit d'une
chaleur qui nous fait oublier l'hiver au dehors.
Mais que se passe-t-il ? Le spectacle n'est pas encore commencé
et déjà les applaudissements fusent ? L'augure est
favorable et il se confirmera d'ailleurs durant toute l'heure
et demi qui suivra.
L'ambiance
est donnée dès les premières notes de lumière
et autres éclats de musique qui jaillissent soudainement
: une robe rouge, de hauts talons assortis, des plumes et encore
des plumes qui s'agitent dans un rythme effréné
: le personnage est posé. Benito Cortes est en scène,
et à cette première image riche en couleurs qui
nous emmène sur les rives de Rio succèdera progressivement
une réalité sans masque, sans costumes, où
la vérité prendra l'accent de Roubaix.
L'intrigue
se noue rapidement, tout se déroule dans les loges au cours
d'un grand gala et les personnages se découvrent entre
des répliques percutantes et des jeux de scène teintés
de comique pur. L'émotion alterne ainsi avec le rire, et
dans la salle les spectateurs se demandent si à la place
de la jeune Victoire, blessée du départ inexpliqué
de son frère huit ans auparavant, ils auraient oui ou non
pardonné au comédien prodigue.
Combien
sont-ils d'ailleurs ces personnages qui évoluent successivement
sur scène ? Un travesti brésilien, une jeune clown
de Roubaix, une concierge marseillaise préposée
à l'entretien (elle parle autant qu'elle nettoie les sols),
un stagiaire accessoiriste qui pourrait être le frère
de la journaliste venue du Grand Nord (car apprend-on
de source sûre
: il y a des pingouins sur la banquise près
de Tourcoing !!), sans oublier un psychiatre muet et une diva
aux accents mélodieux et à l'ego moins démesuré
qu'il n'y paraît.
Sept
personnages et trois comédiens : le tour de force est réussi,
chacun joue son rôle avec l'intensité requise et
l'admiration s'impose quand l'accessoiriste maladroit succède
au Brésilien extraverti, la journaliste indiscrète
à la jeune clown émouvante et la sensuelle diva
à la populaire concierge. Comment est-ce possible : quoi
? Ce benêt de premier ordre est joué par ce comédien
aux allures de troublante danseuse de revue parisienne (ou brésilien°ne
là en fait !) ? Est-ce bien la même comédienne
qui incarne avec une aisance remarquable la jeune sœur tristement
révoltée et cette journaliste au verbe haut et aux
gestes brusques ? Et cette diva envoûtante, sûre de
son charme et aux atouts ravageurs : est-elle vraiment interprétée
par celle qui dissimule ses armes de ménage sous une blouse
du dernier cri dans les années 50 ?
Oui, les jeux des comédiens sont excellents, et si une
petite larme a tenté sa percée lors de la scène
du miroir magnifiquement accompagnée par une musique poignante,
bien vite le rire a su reprendre sa place. Les spectateurs se
sont ainsi laissés entraîner à battre des
mains en rythme avec le rap de la séance d'analyse ou bien
avec la description "en live" du défilé du carnaval
de Dunkerque.
Merci
à vous trois, comédiens de talents : Charlotte
Claeyssen, Véronique
Desmadryl et Benjamin
Lefebvre, grâce à vous le spectacle a rempli
son rôle, et le charme de vos voix, de vos regards, de vos
costumes, de votre jeu restera longtemps dans les mémoires.
Revenez vite : nous vous attendons !
Hélène
Donneau
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